La cuvée 2015 "Terre d'émotion" - Champagne Charpentier ©Pierre d'Ornano/Aeternus.fr

Signature de la maison de champagne Charpentier, la collection Terre d’Émotion*  s’inscrit comme une véritable marque de vigneron. Elle résulte de la volonté d’un propriétaire exploitant, installé sur un domaine familial sis en vallée de la Marne, qui, au-delà d’un certain folklore, a fait de la biodynamie un atout dans sa quête d’excellence en enrichissant, encore, le potentiel gustatif des vignes. La cuvée Terre d’émotion, extra brut, blanc de noirs, révèle une authenticité singulière, atypique pour un Champagne et qui se positionne dans la quête des « 3P » (précision, pureté, profondeur) de la maison.
*La collection se décline en quatre champagnes : "brut vérité", "blanc de blancs", "blanc de noirs extra-brut, "rosé".

Photo de Une : La cuvée "Terre d'émotion - blanc de noirs extra brut" - Champagne Charpentier ©Pierre d'Ornano/Aeternus.fr

La biodynamie, une affaire de temps

« Il est temps qu’on communique, car on se sent prêt à mettre en avant notre cuvée Terre d’émotion. Avec tout le travail réalisé en amont, depuis 2009, on se sent crédible », nous a déclaré avec humilité Jean-Marc Charpentier, propriétaire exploitant du domaine. Des années au cours desquelles ce vigneron passionné et son équipe ont apporté au domaine familial la biodynamie, pour faire se révéler la quintessence d’un terroir dans une cuvée haut de gamme, et d’un très bon rapport qualité/prix.

Jean-Marc Charpentier représente la 8e génération de vignerons du domaine sis à Charly-sur-Marne (02). Photo © DR

Huit générations de vignerons sur un vignoble historique

Jean-Marc Charpentier représente la 8e génération d’exploitants du domaine. « Le vignoble est historique (il existe depuis 1855), même si les plants de vigne ne datent pas de cette époque. Chaque génération a marqué son passage en apportant une plus-value, c’est ce qui m’anime au quotidien. » déclare celui qui a repris l’exploitation directement de ses grands-parents. « La génération de mes parents a été sautée. Ma mère était enseignante dans un lycée viticole dont mon père, ingénieur agro, était le directeur. Mon père n’a eu qu’un seul regret, c’est de ne pas avoir repris le domaine. »

Jean-Marc Charpentier : passion et continuité

« Lorsque j’ai repris l’exploitation mes grands-parents, âgés de 70 ans, m’attendaient. Ils avaient continué à exploiter une partie du vignoble. J’ai été élevé en partie par eux. Je passais toutes mes vacances scolaires au domaine. Ils m’ont transmis le virus, l’amour et la passion de la terre, pour en vivre.»
C’est cet attachement passionnel, viscéral, que ce vigneron souhaite transcrire dans ses vins. Lui a été contraint d’arrêter ses études après une formation viti-œno, et a dû s’installer lorsque ses grands-parents ont pris leur retraite car le domaine serait parti en fermage. Aujourd’hui encore, Jean-Marc Charpentier n’a pas l’impression d’exercer un métier, mais de vivre une passion.

Champagne Charpentier : Brin dans piquet Barbottes. Photo © DR
Champagne Charpentier : Brin dans piquet Barbottes. Photo © DR

Un encépagement inédit

L’exploitation compte à ce jour 24 hectares de vignes plantées, dont plus de la moitié sert à produire la collection Terre d’émotion, composée de l'extra brut-blanc de noirs, du brut vérité, d'un blanc de blancs (100% chardonnay) et d'un rosé. Son épouse est aussi d’origine viticole (5e génération). Le domaine s’est agrandi avec leur union, ce sont deux crus qui se touchent. Il sera certifié bio cette année. S’il est exploité en biodynamie, le vigneron ne revendique pas, pour l’instant, précise-t-il, la certification.
« On a la chance d’avoir un vignoble historique de 72 parcelles, avec un encépagement inédit pour notre région. Il est composé à 45 % de chardonnay, dont une partie de vieilles vignes plantées par mes grands-parents, dans une région où 90% du vignoble est constitué de pinot meunier. Grâce à cette configuration, on peut faire différents styles de vins. On a des chardonnays qui « pinotent* ». Si on ne sait pas faire les mêmes choses que ce qui est produit dans le cœur de la côte des blancs**, nos chardonnays tiennent dans le temps, sont presque sur le fruit, ont de l’ampleur, de la richesse tout en ayant de la finesse si on sait bien les travailler. Et c’est là que la biodynamie joue tout son rôle. »
*Un vin qui « pinote » rappelle les marqueurs aromatiques des vins issus du cépage pinot.
**La côte des blancs est une zone viticole située dans la Marne. Elle s'étend sur environ 20 km au sud d'Épernay. Plantée à 95% en chardonnay, la côte des blancs lui doit son nom. Le chardonnay est le principal cépage blanc autorisé par le cahier des charges de l’appellation Champagne.

Biodynamie(1) : la preuve par l’expérimentation

« Le biodynamie n’est pas une fin en soit chez nous. J’ai découvert la biodynamie à la dégustation. J’ai ressenti des vibrations, plein de vie dans des vins, pas seulement des champagnes, que j’ai goutés à l’occasion de dégustations entre vignerons. Après quoi, j’ai décidé d’essayer. J’apprécie les vins purs qui sont sur la minéralité, la tension. On a démarré la biodynamie sur certaines parcelles en 2009, puis amplifié le processus en 2012 et 2015. Aujourd’hui, les 24 hectares du domaine sont cultivés en biodynamie. En 2009, ce n’était ni le bio ni la certification qui, en soi, m’intéressaient. Je voulais observer comment les vignes réagiraient et, surtout, comment les vins allaient évoluer en appliquant les méthodes culturales biodynamiques, s’ils gagneraient, comme je le souhaitais, en minéralité, en finesse et en pureté, sans perdre la profondeur qu’on avait déjà acquise.»

(1) L’objectif des vignerons qui adhèrent aux principes de la biodynamie est de produire un vin issu uniquement de raisin provenant de l’agriculture Biologique et Biodynamique dans le but de préserver, dans le vin, tout le potentiel « terroir » et de conserver le capital énergétique acquis par la culture biodynamique des vignes. L’utilisation de tous produits œnologiques visant à modifier l’équilibre initial des raisins et cherchant à neutraliser l’effet des millésimes est ainsi exclue.

Cep, herbe et végétation macro porteuse d'éléments nutritifs nécessaires à la croissance des plants de vigne - vignoble Charpentier. Photo © DR

Un révélateur du terroir

Avec le recul, pour Jean-Marc Charpentier la biodynamie dont le socle, le bio, est très exigeant techniquement n’est pas le graal, surtout pour un vignoble septentrional comme la Champagne. Mais c’est un outil qui permet d’enrichir les vins. « La biodynamie m’a permis d’obtenir le profil organoleptique que je souhaitais mettre en avant pour mes vins : la profondeur, la minéralité et la pureté. » Ajoutons la précision, instillée à tous les stades du processus de production, qui s’exprime dans le vin, pour fermer la boucle des « 3 P » (Précision, Pureté et Profondeur).

« Le temps du vin », un luxe !

« Cependant, la biodynamie n’est pas simple à mettre en oeuvre. Nous avons subi des revers. Il faut le savoir et psychologiquement l’accepter, ce qui n’est pas facile », poursuit-il. « Il faut passer outre, parfois, de ne pas récolter grand-chose alors qu’on a mis tout en œuvre dans certaines lignes et passé des heures de travail. Dans ces épreuves j’ai été soutenu par mon épouse et un collègue qui m’ont aidé à franchir ces étapes psychologiques. Une aide est aussi venue d’un conseiller en biodynamie qui m’a convaincu de poursuivre dans cette voie, malgré les écueils. Et j’en suis très heureux aujourd’hui, au regard de la qualité des vins. Avec le recul, je peux dire que le biodynamie a besoin de temps. Il faut beaucoup d'années. Je dis toujours « le temps du vin », ce temps est un luxe qu’on s’est offert et qu’on a donné à nos parcellaires. Au-dessous de cinq ans je n’ai pas constaté d‘évolution dans les vins imputables à la biodynamie. Sur certains parcellaires il a fallu attendre 6 années pour ressentir quelque chose, pour d’autres 7 années. »

Un passage progressif en biodynamie

Et pour ne pas rencontrer de problèmes financiers, le passage du vignoble en biodynamie a été progressif. Enfin, l’exploitant a constitué une équipe dédiée à la biodynamie, sur laquelle il s’est appuyé. Le travail en équipe, solidaire, revêt d’ailleurs une grande importance pour Jean-Marc Charpentier. Entre la vigne, la cave, l’administration et la vente, le domaine compte aujourd’hui 15 salariés. Un nombre qui serait divisé par deux sur une exploitation conventionnelle de 24 hectares, non biodynamique.

Photo © maison Charpentier.

Une recherche d’authenticité, au-delà du folklore

Enfin, Jean-Marc Charpentier met en avant la dimension authentique de la biodynamie, qu’il oppose au folklore. Pas de chevaux donc pour passer dans les rangs de vigne « ce n’est pas mon métier », dit-il, même s’il apprécie « l’odeur du cheval au travail dans les vignes et la beauté de l’image ». De même, si le domaine fait son propre composte, les produits biodynamiques sont achetés mais préparées sur place avant pulvérisation. Pour ce qui est des influences cosmiques … « c’est 2% de la biodynamie, mais c’est ce que les gens retiennent, s’exclame-t-il. On n’oublie pas qu’on est en champagne, pratiquement la région la plus au nord de la France où on cultive de la vigne. Le climat y est très exigeant et pour respecter nos sols il faut les travailler lorsque les conditions sont parfaites. Or ces conditions ne sont pas toujours alignées sur la bonne position de la lune. On essaie, bien sûr, d’être synchronisé avec les jours fruits**, mais s’il a plu ou que les sols ne sont pas portants on décale les passages pour ne pas les détruire. »
** Selon le calendrier lunaire biodynamique, il y a 6 à 8 jours fruits par mois. Ils correspondent aux périodes où la lune est alignée, passe devant les constellations du Verseau, des Gémeaux et de la Balance.

Le millésime 2015

« 2015 a été une petite (en volume) mais belle vendange très qualitative. Le millésime s’inscrit dans la lignée de ceux de 2008 et 2012, précise le vigneron. On a connu, cependant, un printemps assez humide avec du gel sur certains secteurs, suivi d’une période sèche, ce qui s’est traduit par des attaques de mildiou. Et l’été a été chaud. De fait, le rendement a été faible, en moyenne de 8000 kg/ha. »

La collection Terre d'émotion - Champagne Charpentier. Photo © DR
La collection Terre d'émotion - Champagne Charpentier. Photo © DR

De la vigne au chai...
Les étapes de production

Pour obtenir le type de vin souhaité, la date de cueillette revêt une importance fondamentale. « Pour la cuvée Terre d’émotion, trois semaines avant la date supposée des vendanges on procède 2 fois par semaine à une analyse d’échantillons sur les parcelles. C’est un travail technique et long qui demande une grande réactivité, parcelle par parcelle, pour déclencher la cueillette. L’approche scientifique de dosage du sucre et de l’acide est complétée par une approche organoleptique de dégustation des baies et des pépins, qui est essentielle, notamment pour déterminer quand la parcelle va passer du stade herbacé au fruité. Selon les années on peut encore avoir de l’herbacé à 10 degrés d’alcool. Parfois il disparait à 9,5, parfois à 11 degrés. C’est un long apprentissage. On a une équipe dédiée qui a été formée pour ça. Sans cette étape on ne peut pas faire de grands vins. »

Pressurage lent, à la champenoise

Le pressurage en Champagne joue également un grand rôle pour réaliser un vin de qualité. Sur les six presses qui sont réalisées pour un même raisin, pour Terre d’Émotion, qui est le haut de gamme, n’est prise que la cuvée, soit les 2 ou 3 premières presses. Le pressurage prend 4 heures pour une extraction délicate. « Lors de la dégustation du jus de raisin, à la sortie de presse, on a une idée de l’équilibre du futur vin. Le travail à la cuverie et à la cave consiste alors à ne pas détruire la qualité, l’intensité de cette matière première, acquise lors de l’élevage des raisins. Pour cela, à l’exception d’une protection contre l’oxydation (par ajout en très faible quantité d’anhydride sulfureux), on fait une fermentation très simple en ne jouant que sur le contrôle thermique. Elle est réalisée à très basse température, en cuves inox pour conserver la valeur intrinsèque du raisin. »

Comment réduire le soufre…

Pour ce qui du SO2, le domaine réduit considérablement son utilisation (indispensable en culture bio) grâce à la maîtrise de la matière première à la vigne, lors de la cueillette, et au tri qui permet de s’assurer au maximum que les baies récoltées sont saines. « Lorsque le raisin est très sain il n’est pas nécessaire de mettre beaucoup de protection », souligne Jean-Marc Charpentier. Par ailleurs, le domaine vinifie à très basse température, à la limite du départ de fermentation, sur un temps très long, parfois 4 semaines ce qui se traduit par une faible consommation du SO2 présent. Et pour que le processus de fermentation aille bien à son terme, ce sont des levures champenoises indigènes, mais sélectionnées, qui sont introduites dans les cuves.

Une fermentation malolactique favorisée

Enfin, le vin passe par une fermentation malolactique « favorisée », déclare Jean-Marc Charpentier, pour lui assurer une stabilité biologique naturelle. « Ainsi il n’y a pas de risques que la fermentation reparte en bouteille, d’autant que le vieillissement est très long, 5 à 6 ans pour Terre d’émotion. Si on s’en privait, il faudrait qu’on augmente les doses de SO2, ce que je ne souhaite pas. D’ailleurs, la fermentation malolactique se déclenche naturellement dans le vin, il faut la bloquer, volontairement, pour qu’elle ne se produise pas. »
« On a aussi quasi-systématiquement 10 mois d’avance pour le dégorgement, avant la commercialisation. Pour un extra-brut, un blanc de noirs, à 4,5 grammes de sucre ajouté, la patine de la liqueur ne présente pas de problème. Mais ces 10 mois permettent à la liqueur d’expédition de se fondre car sortir un vin resté 5 à 6 ans sur lattes au contact des levures dans un milieu réducteur, et l’exposer violemment, en l’ouvrant, à un afflux important d’oxygène, est très perturbateur, même s’il sera de toute manière au contact avec cet oxygène, qui, par ailleurs, va l’arrondir et éviter les goûts de réduction. Ce temps de repos permet au vin de se stabiliser, de retrouver un équilibre. »

Le chai de la maison Charpentier est constitué de vieux fûts de chêne champenois et bourguignons. Photo © DR
Le chai de la maison Charpentier est constitué de vieux fûts de chêne champenois et bourguignons. Photo © DR

Un élevage en vieux fûts de chêne

La cuvée Terre d’émotion est constituée, avec le vin clair 2015, des vins de réserves ajoutés, élevés pendant 1 an en vieux fûts de chêne champenois et bourguignons qui donnent l’assemblage final. « On a un beau parc de fûts », précise Jean-Marc Charpentier, qui s’empresse d’ajouter ne surtout pas vouloir boiser ses vins … « On recherche juste une petite note de bois, surtout en fin de bouche. »

 

Champagne Charpentier - cuvée Terre d'émotion, blanc de noirs extra brut. Photo © Pierre d'Ornano/Aeternus.fr

Notes de dégustation

Champagne Charpentier, cuvée Terre d’émotion – blanc de noirs – extra brut, vendange 2015, avec assemblage 2014.
Crus Charly-Sur-Marne et Saulchery - parcelles Les Chauffours et Les Gains.
-Sol : Marno-calcaire sur sous-sol en coteau de calcaire tendre du Lutétien. Présence de meulières et de silex.

Les parcelles culminent à 190 mètres. Elles bénéficient de l’exposition sud/sud-est du sud de la vallée de la Marne. On y trouve 2 types de sols : marno-calcaire et argilo-calcaire avec une présence de meulières et de silex.

-Cépages : 80% Pinot Noir, 20% Pinot Meunier (mutation cotonneuse du pinot noir).
Âge moyen des vignes : 40 ans.
-Volume 2015 : 30 000 cols pour le blanc de noirs – extra brut; 100 000 cols pour l'ensemble de la collection Terre d'émotion.
Celle-ci est aujourd'hui produite sur plus de la moitié du domaine, mais le potentiel existe pour qu'elle couvre la totalité.
-Élevage : 60 mois sur lattes.
-Dégorgement (suivi du dosage) : 6 à 10 mois avant expédition.
-Dosage : 4,5 g/l.
Bouchon technologique en liège naturel.
-Couleur : or, tirant vers le citron, presque transparent.
-Nez concentré, complexe, évoluent avec l’aération, légèrement toasté, avec des arômes de fruits rouges, d’épices douces mais aussi de fleurs blanches, d’aubépine, de vanille.
Le mousse est onctueuse, fine et légère, tout en élégance.
-Bouche : lente évolution progressive, circulaire en bouche, avec une tension contenue et un équilibre parfait sucrosité/acidité. Une présence qui remplit le palais. Le vin est minéral, on sent le terroir avec des notes de silex. Il y a de la mâche et de l’onctuosité. On retrouve dans les saveurs les arômes perceptibles au nez avec une douce fraicheur. Une légère amertume contribue, en fin de bouche, à conserver cette fraîcheur avec une finale qui semble ne jamais finir et laisse apparaître une légère note saline. Enfin, la longue caudalie traduit toute l’expression aromatique de ce champagne, issu de la biodynamie, d’une rare élégance et harmonie.
« Un extra brut, très peu dosé, le dosage est juste une petite note qui vient patiner la bouche. Le vin se suffit à lui-même. La collection Terre d’émotion c’est ça… », dixit Jean-Marc Charpentier.

Informations pratiques

Champagne Charpentier
11, route de Paris - 02310 Charly-sur-Marne, France
Tél. : +33 (0)3 23 82 10 72
Courriel : info@champagne-charpentier.com
Ouverture : Lundi – Vendredi : 8h30 - 18h30

-Où l’acheter
Cuvée Terre d’émotion - extra brut - blanc de noirs
Ventes uniquement aux professionnels du vin, essentiellement les cavistes indépendants.
Ventilation des ventes : 70% France, 30% export (en phase de progression).
-Prix : 36 euros TTC
Ventes en ligne, sur le site e-commerce du domaine, bientôt disponibles.

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