Commode coquille d'œuf / Création de l'atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Fils et petit-fils d’antiquaires, ébénistes et restaurateurs tenant atelier depuis le début du siècle dernier rue de Bourgogne, à Paris, Claude Nicolet crée des meubles et des objets de décoration mariant les cultures africaine, asiatique et occidentale, dans une quête de transcendance universelle. Un mobilier contemporain rare, issu d'un atelier centenaire…

Photo de Une : Commode Galaxy - décoration à la coquille d'œuf d'autruche / Création de l'atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Claude Nicolet, créateur de meubles, troisième génération d’une famille d’ébénistes, dans sa boutique/atelier parisien du 7e arrondissement. Photo © Pierre d’Ornano/Aeternus.fr
Claude Nicolet, créateur de meubles, troisième génération d’une famille d’ébénistes, dans sa boutique/atelier parisien du 7e arrondissement. Photo © Pierre d’Ornano/Aeternus.fr

Ébéniste de tradition familiale … et par passion

Clause Nicolet est né et a grandi au sein d’une famille d’antiquaires et d’ébénistes. « Mon grand-père a fondé son atelier d’ébéniste en 1921, il y a tout juste 100 ans. À l’époque les grands antiquaires avaient leurs propres ateliers d’ébénisterie parce qu’ils contrôlaient la façon dont étaient restaurés les meubles d’occasion qu’ils achetaient et qu’ils revendaient. Cette situation était très rare, car ça coûtait très cher de faire les 2 métiers en même-temps. Mon grand-père, qui était plus chef d’entreprise qu’ébéniste, a engagé de très bons artisans compagnons pour être sûr que la restauration des meubles soit bien faite », déclare Claude Nicolet.

Petit secrétaire en ébène de macassar et coquilles d’œufs. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Petit secrétaire en ébène de macassar et coquilles d’œufs. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Après des études Universitaires d’économie à Paris 1, puis des stages dans de grandes entreprises bancaires « où je me suis ennuyé à mourir », le jeune homme, qui ne se voyait pas passer toute la vie derrière un bureau à additionner des chiffres, va reprendre l'atelier familial suite à un accident qui immobilisera son père, fauché par une voiture. Au terme de 2,5 années d’hospitalisation, sa mère, qui s’occupait de la gestion de l’entreprise de 6 employés, lui demanda de faire un choix entre ses études et l’entreprise familiale. Il avait alors 24 ans, et n’a pas hésité.

Élevé « à l’odeur de la colle chaude »

« Je connaissais les compagnons de l’entreprise. Je travaillais à l’atelier les week-ends, avec mon père, depuis l’âge de 7 ans, pour avoir de l’argent de poche. J’étais, ainsi, un peu dégrossi en ébénisterie. À 13 ans je fabriquais des pieds pour des guéridons Louis XVI, qu’on appelle des patins. Ces travaux me procuraient 50 francs par week-end, et une formation. »

Petite armoire à hauteur d’appui en palmier zébrano ébène et pastille de nacre. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Petite armoire à hauteur d’appui en palmier zébrano ébène et pastille de nacre. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Claude Nicolet sera formé par les compagnons de l’atelier. Élevé « à l’odeur de la colle chaude », comme disent les ébénistes, il réussira à être autonome rapidement. Il apprendra aussi, sur le tas, les achats, le métier d’antiquaire, en se cultivant, en lisant énormément, mais aussi en fréquentant l’Hôtel des ventes Drouot, à Paris, pour connaître l’origine, les époques des objets et des pièces de mobilier, pouvoir différencier les copies des originaux et identifier s'ils sont de bonne ou de mauvaise facture. Il complétera sa formation d’ébéniste en faisant des stages dans de grands ateliers parisiens (aujourd’hui disparus), dont certains du quartier Saint Antoine. « J’ai eu la chance que ces patrons ébénistes aient été des amis de mon père. Grâce à cela je ne payais pas pour faire les stages », car à l’époque on devais payer pour être stagiaire.

Dessertes Reverso. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Dessertes Reverso. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Formé aux techniques du siècle d'or de l'ébénisterie 

Aujourd’hui, la boutique* et l’atelier (en sous-sol) sont toujours à la même adresse, au 24, rue de Bourgogne, dans le 7e arrondissement de Paris.

À l’époque de son grand père, l’atelier de restauration de meubles était généraliste et avait aussi bien des meubles Louis XIII que des années 1940. En revanche, son père travaillait sur des meubles Louis XVI, Directoire, Empire, soit de la fin du XVIIIème siècle au début du XIXème, avec parfois quelques Louis XVI. Le jeune apprenti a donc été imprégné et formé aux techniques d’une des périodes du « siècle d’or » de l’ébénisterie française.
« Pour l’anecdote, dans les années 1930, lorsque le XVIIe et le XIXe sont tombés en désuétude, mon Grand-Père, qui avait le sens du commerce, a acheté des appartements entiers de meubles de cette époque que des propriétaires cédaient pour trois francs six sous. Les gens ont fait des erreurs en achetant, notamment au Bon-Marché, des meubles des années 20 et 30 qui ne valaient, et qui ne valent d’ailleurs toujours rien, contre des très beaux meubles XVIIe et le XIXe », confie l’ébéniste. Toutes les grandes familles d’antiquaires de Paris du début du siècle dernier, qu’on appelait les grands marchands (les Bensimon, les frères Kramer etc.), venaient une fois par semaine faire leur marché chez son aïeul.
*À l’origine, l’entreprise possédait une 2e boutique adjacente, au n°22 de la rue de Bourgogne, qui a été cédée après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981, et la chute d’activité des antiquaires qui suivit.

Un parcours au fil des styles et des goûts

Pour sa part, Claude Nicolet, apprécie les meubles et les objets de toutes les époques « lorsqu’ils sont bien faits », de l’Égypte ancienne au contemporain, en passant par la Grèce antique ou encore l’Art aborigène d’Afrique noire, dont il découvre « l’intérêt, la beauté, la subtilité », dit-il, lors d’une visite au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, Porte Dorée à Paris, organisée pour un groupe d’experts dont il faisait partie. Un art qui influencera ses créations d’œuvres contemporaines. « Pour certains décors, je me nourris des détails d’un bouclier ou d’un masque africain, que j’interprète, que je modifie et agrandie pour les retranscrire. » Un art africain, chargé de symboles, parfois difficile à comprendre par ses clients, déplore-t-il.
Il puisse aussi son inspiration dans l’univers et ses galaxies. Chaque meuble et objet est original, parfois intemporel.

Table PI en palmier et décor de pastilles d’os. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Table PI, en palmier et décor africanisant de pastilles d’os. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Lorsqu’il reprend l’atelier, il reste cependant dans la continuité de son père en se spécialisant donc dans la restauration et l’achat/vente de meubles de styles Louis XVI, Directoire et Empire. Il commencera à créer ses propres meubles en 1985 car parmi ses clients, qui étaient meublés en XVIIème ou XIXème, beaucoup souhaitaient avoir des tables basses ne jurant pas avec leur mobilier d’époque, sachant qu’ils « détestaient la table basse en fer soudé, avec une plaque de verre » précise l’ébéniste.
Il dessinera alors et produira des tables basses en s’inspirant du style Empire, dans les goûts grecs et romains, en acajou, qui était le bois précieux dont l’utilisation, notamment en marqueterie, s’est fortement développée sous l’Empire. Le succès est au rendez-vous, et le bouche à oreille lui fera conquérir de nombreux clients. Il dessinera, et créera aussi pour eux des bouts de canapés, des tables de commodité avec des dimensions particulières, ce qui n’existait pas à l’époque.

Tables de nuit Bouts de canapé. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Tables de nuit décor amourette / Bouts de canapé. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Donner un coup de jeune aux formes vieillottes

Puis, on est en 1990, Claude Nicolet, à l’écoute de sa clientèle, anticipe un retournement du marché. « J’ai senti, 10 ans avant que ça ne se produise, un basculement et l’effondrement du marché des meubles d’antiquité. Mes clients, qui étaient âgés, se séparaient de leur mobilier d’époque, leurs enfants n’en voulant pas, et souhaitaient acquérir du contemporain. J’ai alors vendu la totalité de mon stock à Drouot pour une bouchée de pain. Mon fils, qui étudiait alors à l’école Boulle, m’a incité à créer mes propres meubles. J’ai ainsi laissé tomber l’antiquité, sans grands regrets, pour la création qui me passionne le plus. »
Il trouve de nouvelles formes, en modernise certaines, devenues vieillottes, et installe sa renommée d’ébéniste contemporain en mélangeant les cultures.

Chaise TOTEMIC. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Chaise TOTEMIC. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Son inspiration : objets et spiritualité

« L’art aborigène ce ne sont pas que des objets, en poussant plus loin on découvre l’âme de l’artiste et la dimension spirituelle de l’oeuvre. Cet art se mélange avec le nôtre et d’autres. J’ai mélangé cette culture africaine, notamment ce que m’ont inspirés les œuvres Dogons du Kenya et Masaï du Mali, avec la culture japonaise. »

Le mélange de bois et métaux

Ces mélanges se retrouvent également dans les matériaux qu’utilise Claude Nicolet pour ses créations. Les essences rares et précieuses de l’ébénisterie traditionnelle, hérités notamment de son père et de son grand-père – de l’acajou de Cuba du XVIIème siècle, du citronnier d’espérie originaire d’Inde et d’Espagne, provenant des stocks d’Adam Weisweiler et de Bernard Molitor, célèbres ébénistes de la fin du XVIIIème) - des bois flammés, moirés … mais également du palmier zebrano ou encore de la nacre sont mariés avec les métaux (acier, aluminium, duralumin*, bronze …).

Dans le sillage de Jean Dunand

Pour la décoration des meubles, Claude Nicolet travaille également avec des os de bœuf, en faisant du cloutage, et des œufs d’autruche. Pour cela il a inventé une technique en s’inspirant de ce que faisait le décorateur, laqueur, dinandier et sculpteur russe Jean Dunand (1877-1942), de la période Art Déco, dont les créations de meubles incrustés de coquilles d’œuf des années 1920 « touchent au graal » pour l’ébéniste parisien.

Émission Question Maison (aujourd’hui La Maison France 5), diffusée il y a 12 ans, sur l'atelier Nicolet, pour comprendre la technique du laquage avec incrustations d’œufs d’autruche inventée par le créateur de meubles.

Pour réaliser des incrustations à base d’œufs d’autruche, Claude Nicolet utilise un enduit laque de son invention, qui n’est pas à base végétale, car trop dangereuse pour la santé, mais de colle naturelle. « Il m’a fallu cinq années de recherches, d’essais, d’abord avec des œufs de poule, trop fragiles, puis des œufs d’autruche, très épais, qui ont à cause de cela nécessité une laque spéciale. »

Table basse, structure bois, ébène de macassar, ébène, décor africanisant de coquilles d’œufs d’autruche et laque multi couches. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Galerie Glustin
Table basse, structure bois, ébène de macassar, ébène, décor africanisant de coquilles d’œufs d’autruche et laque multi couches. Création Atelier Claude Nicolet. Photo © Boris Veignan

Il se dégage des créations de Claude Nicolet, une spiritualité issue de cultures ancestrales recomposées, qui fascine en s’y attardant un peu. Des meubles dont la valeur s’inscrira, fort probablement, dans le temps.

Informations pratiques & tarifs

L’atelier travaille en restauration pour des particuliers français et en création pour des particuliers et des architectes décorateurs. Sa clientèle est internationale.

Atelier Claude Nicolet
24, rue de Bourgogne, 75007 - Paris
Tél. : 01 45 51 30 40
Portable : 06 08 46 55 51 / 06 85 47 03 39
Courriel : sarl.nicolet.claude@wanadoo.fr
Accédez au site internet de l’atelier en cliquant « ICI »

Tarifs des meubles présentés en illustration :
-Chaise TOTEMIC : 1 900 € pièce
-Commode GALAXY : 50 000€
-Paire de table « REVERSO » : 15 000€
-Table basse décor africanisant : 20 000€
-Paire de table décor amourette… : 13 000€
-Petite armoire à hauteur d’appui : 13 000€
-Petit secrétaire : 30 000€
-Table PI : 4 500€

Tous ces objets sont des pièces uniques, à l'exception de la chaise TOTEMIC, produite en série limitée de 2 à 6.

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