L'entrée du château de Montigny-le-Gannelon bordé d’un parc de 13 ha. Photo © FC
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Situé à l’aplomb du Loir, sur la commune nouvelle de Cloyes-les-Trois-Rivières (Eure-et-Loir), le château de Montigny-le-Gannelon, merveilleusement meublé, vaut le détour. Mais il faudra le mériter en prenant des chemins de traverse. Une découverte touristique, à faire en famille, qui raconte les contes et légendes du lieu et un pan de l’histoire de France. Enfin à Montigny-le-Gannelon, habité par les la Motte Saint-Pierre, le guide est la descendante du prince de Montmorency, duc de Laval. Toute une histoire !

Photo de Une : l'entrée du château de Montigny-le-Gannelon bordé d’un parc de 13 ha. Photo © FC

Lydiane de la Motte Saint-Pierre, chatelaine (avec ses neveux) de Montigny-le-Gannelon, devant la façade Ouest d’inspiration Renaissance (fin du XVe siècle). Au-dessus de la porte d’entrée, les armoiries des familles de la Maison de Montmorency-Laval, et de la Maison de Lévis-Mirepoix. Lydiane de la Motte Saint-Pierre est née Lydie-Anne de Talhouët, ses parents étant le Vicomte Gérard de Talhouët Boisorhand et sa mère, née Marie-Claire de Lévis-Mirepoix, descendante d’Anne, Pierre « Adrien » Prince de Montmorency, Duc de Laval (1768-1837), propriétaire du château. Photo © FC
Lydiane de la Motte Saint-Pierre, chatelaine (avec ses neveux) de Montigny-le-Gannelon, devant la façade Ouest d’inspiration Renaissance (fin du XVe siècle). Au-dessus de la porte d’entrée, les armoiries des familles de la Maison de Montmorency-Laval, et de la Maison de Lévis-Mirepoix. Lydiane de la Motte Saint-Pierre est née Lydie-Anne de Talhouët, ses parents étant le Vicomte Gérard de Talhouët Boisorhand et sa mère, née Marie-Claire de Lévis-Mirepoix, descendante d’Anne, Pierre « Adrien » Prince de Montmorency, Duc de Laval (1768-1837), propriétaire du château. Photo © FC

État du lieu ...

Entrez dans leur château. Vous êtes leurs invités. Imprégnez-vous du temps qui passe. Vous êtes chez Aymar et Lydiane de la Motte Saint-Pierre dans leur demeure familiale entourée d’un parc de 13 ha. Un château « terriblement » authentique, superbement meublé et surtout à dimension humaine ! Rien ne vous sera caché. Les enfants sont les bienvenus. L’histoire de Montigny, déjà forteresse sous le règne de Charlemagne (768-814) est fascinante !

 Façade Ouest du château de Montigny-le-Gannelon et ses deux tours. A gauche, la tour de l’Horloge ornée de trois guirlandes. Deux identiques représentent la vigne très présente alors sur les bords du Loir. La troisième symbolise le veuvage (la cordelière de nœuds située sous l’horloge). Au pied de l’autre tour, la tour des Dames, une plaque commémorative à la mémoire du chevalier François Gaston de Lévis 1720-1787 Maréchal de France et défenseur du Canada. Elle a été placée lors du jumelage entre Châteaudun et Trois-Rivières au Canada (Photo FC)
Façade Ouest du château de Montigny-le-Gannelon et ses deux tours. A gauche, la tour de l’Horloge ornée de trois guirlandes. Deux identiques représentent la vigne très présente alors sur les bords du Loir. La troisième symbolise le veuvage (la cordelière de nœuds située sous l’horloge). Au pied de l’autre tour, la tour des Dames, une plaque commémorative à la mémoire du chevalier François Gaston de Lévis 1720-1787 Maréchal de France et défenseur du Canada. Elle a été placée lors du jumelage entre Châteaudun et Trois-Rivières au Canada. Photo © FC

Ce château Renaissance qui choisit le Loir à la Loire

Rares sont aujourd’hui, les châteaux de la Loire encore habités et meublés (Montigny-le-Gannelon en fait partie bien que sur les bords du Loir). Le site est surprenant. Il est situé à l’aplomb du Loir dans ce coin de vallée truffé de ballastières. De la terrasse du château, pas de doute, cette masse d’eau donne l’étrange impression d’être au-dessus du grand fleuve ligérien. Mais aller à Montigny se mérite. Pour cela il faut prendre les chemins de traverse, musarder le long du Loir. On est à 150 km de Paris, sur la commune de Cloyes-les-Trois-Rivières, à 12 km au sud de Châteaudun, pas loin de Vendôme et à la limite du Perche et de la Beauce. Et puis, la Loire à Blois où à Amboise n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres plus au sud. D’ailleurs des châteaux de la Loire, Montigny-le-Gannelon en a l’esprit.

Le cloître gothique réunit les deux tours. Auparavant il était ouvert. Il a été clos lors des travaux entrepris au XIXe siècle. Photo © FC
Le cloître gothique réunit les deux tours. Auparavant il était ouvert. Il a été clos lors des travaux entrepris au XIXe siècle. Photo © FC

Façade Ouest  Renaissance / Façade Est XIXe

Façade-Ouest, c’est la Renaissance dans tous les sens du terme, celle d’un château qui fut reconstruit en 1495 par Jacques de Renty (voir la Tour de l’Horloge). Il avait été détruit quelques dizaines d’années auparavant par crainte que les Anglais ne s’en emparassent (Les deux tours, celle des Dames et de l’Horloge furent à cette époque réunies au rez-de-chaussée par un cloître gothique ouvert jusqu’au XIXe siècle). Quant à la façade Est, dominant le Loir, pas de doute elle fut remaniée au XIXe siècle. Un caprice du comte Sigismond de Lévis qui ne la trouvait pas suffisamment ostentatoire. Alors, il fit venir en 1876 pour la modifier, l’architecte Clément Parent, élève de Viollet-le-Duc.

La façade Est dans un style néo-gothique, est édifiée en 1876 par l’architecte Clément Parent, élève d’Eugène Viollet-le-Duc, pour le comte et la comtesse Sigismond de Lévis (Photo FC) Façade dominant la vallée du Loir, élargi à cet endroit par le creusement de ballastières. Photo © FC
La façade Est dans un style néo-gothique, est édifiée en 1876 par l’architecte Clément Parent, élève d’Eugène Viollet-le-Duc, pour le comte et la comtesse Sigismond de Lévis (Photo FC) Façade dominant la vallée du Loir, élargi à cet endroit par le creusement de ballastières. Photo © FC

*Montigny, un nom à lui seul qui éclaire sa position : une motte féodale appelée Mons Igni, le Mont du feu car de cet endroit haut perché, il était possible de faire des signaux. Lieu idéal aussi pour faire le guet. Montigny fut longtemps renommé pour ses pierres de taille inaltérables au gel et ses fours à chaux.

Aymar de la Motte Saint-Pierre pris depuis le balcon de la façade Est du château de Montigny-le-Gannelon. Photo © FC
Aymar de la Motte Saint-Pierre pris depuis le balcon de la façade Est du château de Montigny-le-Gannelon. Photo © FC

Le Québec, Madagascar et quoi d’autres encore ?

Tout ici, des murs du château, aux tableaux, meubles et bibelots, est une invitation à traverser l’histoire de France et … d’ailleurs. Notamment, les aventures du chevalier François-Gascon de Lévis, l’un des derniers défenseurs (avec Montcalm), du Canada. A sa mémoire, le nom de Lévis fut donné à une ville face à Québec, de l’autre côté du Saint-Laurent, une ville de 150 000 habitants aujourd’hui (Voir sur la base de la Tour des Dames, la plaque qui rappelle l’exploit de cet ancêtre). Vous faut-il plus d’exotisme, à Madagascar par exemple. Alors entreprenez Aymar sur les quelque 300 ha, restant d’une immense plantation (café, cacao, plantes à parfum, raphia, etc.). Elle avait été achetée puis exploité par André-Gabriel-Guy de la Motte Saint-Pierre (un véritable baroudeur) en 1903, dans le nord de l’île, tant à Nosy Be (île malgache située dans le Canal du Mozambique) que dans le district d’Ambanja (province de Diego-Suarez).

Manuscrit de 1895 en mémoire du chevalier François Gascon de Lévis, défenseur du Canada avec, l’illustration de la petite ville de Lévis dénommée en son honneur, située en face de Québec. Photo © FC
Manuscrit de 1895 en mémoire du chevalier François Gascon de Lévis, défenseur du Canada avec, l’illustration de la petite ville de Lévis dénommée en son honneur, située en face de Québec. Photo © FC

Quand la famille des Montmorency-Laval a pour ancêtre un ogre, le Barbe Bleue des Contes de Perrault

(La Barbe Bleue parue en 1697 dans Les Contes de ma mère l’Oye)

Anne-Adrien-Pierre, prince de Montmorency*, duc de Laval (1768-1837) ambassadeur sous Louis XVIII et Charles X, acquiert le château en 1831. Son achat a été financé par la loi dite « du milliard aux émigrés » promulguée par Charles X en 1825. Elle indemnisait les émigrés qui avaient perdu leurs biens vendus comme biens nationaux sous la Révolution. En 1834, il fit construire au nord de la Tour de l’Horloge, un pavillon supplémentaire (le pavillon Montmorency) pour y placer six grands portraits des Rois (portraits en pied) de Louis XVIII et Charles X dont il a été l’ambassadeur, et ceux auprès desquels il fut accrédité (Georges IV d’Angleterre, François II empereur d’Autriche, Guillaume IV d’Angleterre, Ferdinand VII d’Espagne ainsi que 2 papes (Pie VII et Léon XII).

*En 1814, Adrien de Laval fut l’un des premiers à se précipiter pour complimenter Louis XVIII à Calais qui rentrait d’un long exil en Angleterre pour devenir roi, le 6 avril 1814. Le souverain lui accorda alors le titre de prince, et jusqu’à la mort de son père (en 1817), il fut appelé le « prince de Montmorency-Laval ».

Les Montmorency-Laval face à leur ancêtre, le très honni Gilles de Montmorency-Laval, Sire de Rais

Quand Adrien, prince de Montmorency, duc de Laval achète Montigny-le Gannelon, pouvait-il imaginer que son ancêtre, le très médiatisé et très honni Gilles de Rais serait absout de ses supposés crimes (l’histoire a surtout retenu les crimes et les débauches). Une Cour Arbitrale chargée du dossier Gilles de Rais allait en 1992, le blanchir, lui, Gilles de Montmorency-Laval, Sire de Rais, formidable homme de guerre, très pieux, compagnon de Jeanne d’Arc, fait Maréchal de France. Il avait décidé de mettre son immense fortune, il était alors bien plus riche que le roi, au service du royaume. Mais la condamnation de Jeanne au bûcher (elle fut brûlée vive), est un choc insupportable pour lui. Quel destin ! Le même sort lui est réservé 9 ans plus tard. En 1440, il est inculpé, jugé et condamné par l’inquisition. Il sera pendu et brûlé le 26 octobre 1440. Son statut de Maréchal de France et ses exploits sur les champs de bataille lui avaient accordé le droit d’être étranglé avant d’être jeté au bûcher. Contrairement à Jeanne, il ne meurt donc pas brûlé vif, mais son corps sera réduit en cendres.
(Source : Michel de Talhouët)

La légende de la Dame de Montigny

Il en existe plusieurs variantes, toutes aussi dramatiques les unes que les autres. Soyons donc factuel. D’un côté, un gentleman ce seigneur de Montigny. On le dit affable, rempli de bonnes qualités. En fait, tout l’oppose à son épouse décrite comme dure et hautaine. Alors qu’il dût s’absenter dans un pays lointain « où la guerre avait porté ses ravages », ses vassaux se retrouvèrent face au mauvais caractère de la dame. Tous espéraient son retour rapide qui serait fêté avec une grande joie. Le temps passa. La dame châtelaine un beau jour rencontra une mendiante accompagnée de ses 7 petits enfants. Curieux spectacle ! Ils semblaient tous avoir le même âge. Elle supplia pour un peu d’aide. Refus catégorique : quand on ne peut élever des enfants, on n’en fait pas comme une lapine. La mendiante qui en réalité était une sorcière lui répliqua : vous riez de moi madame, mais pour votre punition vous aurez en une seule couche, un nombre d’enfants plus élevé que celui qui est autour de moi.

Le salon des Dames et son cabinet à secrets (Renaissance italienne). Photo © FC
Le salon des Dames et son cabinet à secrets (Renaissance italienne). Photo © FC

Elle mit au monde neuf enfants le même jour

Moins de deux mois plus tard, la dame de Montigny mit au monde en une seule fois neuf enfants. Comment donc faire face au courroux du mari à son retour ? Elle demande à sa servante de les jeter dans le Loir, à l’exception d’un seul. Celle-ci les mit donc dans un sac et alors qu’elle atteignait la rivière, elle fut surprise par l’arrivée d’un groupe de cavaliers dont son seigneur et maître : où vas-tu à cette heure ma mie ? Noyer des petits chiens répondit-elle. Méfiant, il demanda à les voir. Elle ne put qu’avouer la vérité. Il jura alors de punir son épouse mais fit élever secrètement les 8 enfants dans le village de Montigny.

Au mur de la salle à manger, cette assiette en faïence italienne Photo © FC
Au mur de la salle à manger, cette assiette en faïence italienne Photo © FC
Le Grand Salon, château de Montigny-le-Gannelon. Photo © FC
Le Grand Salon, château de Montigny-le-Gannelon. Photo © FC

La découverte fortuite sept années plus tard de poésies galantes à l’adresse de la châtelaine et d’une mèche de cheveux blonds, le poussa à faire venir tous les enfants au château, les ayant vêtus (y compris celui qui vivait avec eux) de la même manière : Madame, où est votre enfant ? Montrez-le-moi ? Dans l’impossibilité de le désigner, elle se jeta à ses pieds suppliant à être précipitée dans le vide de la plus haute fenêtre du château. A-t-elle demandé à être d’abord enfermée dans un tonneau garni de lamelles de couteaux ?
L’histoire ne le dit pas. Mais c’est ce que fit le mari y ajoutant la mèche de cheveux. On fit rouler le tonneau jusque dans le Loir. Le courant l’entraîna loin de là. Un homme d’arme le suivait criant aux curieux : laisser passer la justice du seigneur de Montigny.

Ah ! froid mantel

En arrivant vers le soir entre Saint-Claude et Saint-Jean, villages situés au-dessous des Bouches d’Aigre, en entendant ses plaintes, on eut pitié d’elle. En ouvrant le tonneau, la dame dans un piteux état demanda pour se couvrir, un manteau, s’écriant : Ah ! froid mantel. Depuis, ces deux villages portent le nom de "Froidmentel". Il existe dans l’’église de Saint-Claude Froidmentel, une dalle tumulaire avec cette inscription : "Cy gist feun noble home Jehan de Montigny, en son vivant, seigneur de Ville-Puere, qui trespassa le 14 may 1545. Est-ce donc son descendant ?" (Source : Lydiane de la Motte St Pierre, née Talhouët).

Grand escalier Renaissance du château. IL possède un plafond construit en 1495. Les sculptures de cette partie sont proches de celle du château de Blois. Au mur sont affichés des tableaux des maréchaux de France de la famille de Lévis. Photo FC
Grand escalier Renaissance du château. Il possède un plafond construit en 1495. Les sculptures de cette partie sont proches de celle du château de Blois. Au mur sont affichés des tableaux des maréchaux de France de la famille de Lévis. Photo FC

Informations pratiques

Domaine du château de Montigny-le-Gannelon
Adresse : 1, Avenue du Marquis de Lévis
28220 Cloyes les trois rivières, France

Contact :
-Tél.: mobile : 06 03 96 29 08
-Tél.: bureau : 02 37 98 30 03
-Courriel : delamot@wanadoo.fr

Pour toute information sur les visites organisées au domaine de Montigny-le-Gannelon cliquez ICI

Et pour s’enrichir du même auteur, visitez : le blog Amazed de François Collombet

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