
Confronter des photographies à des images, des dessins, des œuvres de créateurs et d’architectes célèbres, c’est l’objet de l’exposition « L’épreuve du réel – Chapitre 3 », à la Galerie VU’, jusqu’en septembre 2026.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!Une démarche originale pour essayer de discerner le réel en redonnant vie à l’inachevé. Les photos et les illustrations présentées tentent de découvrir, à travers l’œuvre architecturale dans sa phase première – conceptualisée par le dessin au crayon ou l’associant 3D et intelligence artificielle -, si l’on demeure dans une abstraction alors que l’œuvre architecturale achevée s’inscrit dans l’existant, dans une réalité physique et tangible.
Ces créations, requalifiées par la plateforme NADKA et les photographes de la Galerie VU’, sont confrontées aux photographies réelles de Paul Nouallet, un jeune auteur jamais exposé.
Illustration de Une : Le globe terrestre d’Elisée Reclus par l’architecte Louis Bonnier – 35 IFA/SIAF/Cité de l’architecture et du patrimoine/Archives d’architecture contemporaine.
La nouvelle vie des chefs-d’œuvre inachevés
Au-delà de l’interrogation suscitée par cette confrontation que nous offre la Galerie VU’, née d’une rencontre entre Xavier Soule (architecte DPLG), directe de la galerie, la photographe Isabelle Levistre, Vincent Barué et Julien barbier, les fondateurs de la plateforme NADKA qui fait revivre des chefs-d’œuvre demeurés à l’état de projet, les cinquante visuels photoréalistes et de photographies exposés sont élevés au rang d’œuvres d’art.

La Grande Arche de la Défense © Paul Nouallet.
Vincent Barué présente la plateforme NADKA, véritable banque de mémoire patrimoniale, et explique la genèse de l’exposition L’épreuve du réel – Chapitre 3.
Interview réalisée par Pierre d’Ornano
Vous avez, avec Julien Barbier, créé en 2022 la plateforme NADKA, une entreprise française, présentée comme s’inscrivant dans la « conservation patrimoniale créative ». Qu’est-ce qui a motivé cette initiative et sur quels fondements repose votre démarche ?
Notre mission de base a été, et consiste à donner un second souffle à un patrimoine créatif largement méconnu, des projets d’architecte, de designers, d’artistes qui n’ont jamais été construits ou fabriqués. Ce sont des bâtiments, des mobiliers, des véhicules, des objets, des inventions, demeurés à l’état de plans de maquettes, d’esquisses. On aura bientôt des vêtements incroyables ou encore des bijoux. Chez NADKA on les transforme en continus « clefs en main », inédits, pour l’industrie créative : la publicité, l’audiovisuel, le cinéma, le jeu vidéo ou encore le documentaire. On dispose de près d’une trentaine de licences existantes pour pouvoir diffuser ces contenus.
Notre démarche repose sur trois convictions de base. La première consiste à valoriser une créativité humaine originale et non standardisée, en offrant une seconde vie à des archives créatives, qui s’inscrivent souvent parmi les plus innovantes et inspirantes de leur temps et sont de véritables trésors dormants. Ce n’est pas parce qu’un architecte a perdu un concours que son projet n’est pas intéressant, c’est même parfois l’inverse.
Le deuxième point consiste à offrir à nos clients, qui sont des studios créatifs du monde entier, des ressources exclusives, inédites, immédiatement disponibles et, ce qui est très important, avec les droits de reproduction, négociés au préalable. A titre d’exemple, si l’on prend le vaisseau du Chasseur Déprime de Moebius, nous sommes les seuls détenteurs des droits de diffusion et de publication de l’œuvre. C’est le résultat de négociations avec de grandes institutions comme les fondations Neutra, Wilmotte, Portzamparc, le Centre de Recherche du Château de Versailles, la Bibliothèque nationale de France ou encore la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Ainsi, pour les studios le risque juridique est nul, ce qui est une énorme garantie, et ce qui change tout par rapport à tous les contenus que l’on peut trouver sur le web.
Le troisième pilier est d’assurer une juste rétribution aux créateurs et aux institutions qui nous font confiance.
Combien de projets avez-vous réalisés, et de combien d’iconographies disposez-vous ?
Nous avons, à ce jour, autour de 1 000 projets ce qui signifie que nous disposons d’un fonds de 5 000 iconographies. Trente pour cent du catalogue est en 3D. Je précise qu’on monte des dossiers complets, avec une plateforme qui référence chaque projet, avec de nombreux tags pour qualifier chaque création avec ses influences, ses styles, ses ambiances. On ne se contente pas de vendre des images.
L’agence a, notamment, collaboré avec les architectes de Bechu & Associates à la réalisation d’un monde virtuel inspiré des œuvres du peintre, dessinateur et graveur japonais Katsushika Hokusai en concevant le Temple Mystérieux et le Château Créatif du projet AI Hokusai. Pouvez-vous nous parler de cette réalisation ?
Il s’agit d’une exposition virtuelle, toujours en ligne*, qui se passe dans un des bâtiments de l’agence Bechu. Ils ont pris une licence de ce maxi bâtiment, qui n’a pas été réalisé, l’ont projeté dans un univers au japon en le décontextualisant ainsi du lieu où il devait initialement être construit. C’est dans cela que réside toute la beauté de la démarche, l’intemporalité, qui fait qu’un projet n’est jamais figé dans le temps. Ce bâtiment, qui n’avait pas cette vocation au départ, a changé de fonction en devenant une galerie virtuelle dans laquelle les gens se promènent. Ce qui excite nos architectes et nos designers au catalogue c’est de voir leurs projets transposés ailleurs. L’ exposition AI Hokusai rencontre d’ailleurs un vif succès et accueille plusieurs milliers de visiteurs par mois.
Vous avez également été sollicité par la Bibliothèque nationale de France sur le thème du Cénotaphe de Turenne…
Il s’agit d’un jeu vidéo**, que nous avons créé, intégré dans le site de la BnF, qui dure une quinzaine de minutes. On est avec ce projet, sur un usage différent, qui s’adresse à des multi-publics, avec un jeu très facile d’accès sur un navigateur où les gens peuvent découvrir le bâtiment imaginé par Étienne-Louis Boullée dans un univers ludique, à la fois mystérieux et poétique. En navigant dans le jeu, les visiteurs comprennent mieux l’architecture. C’est une forme de « gamification » de l’archive qui possède des vertus assez incroyables pour arriver à capter l’attention, percevoir l’espace et mieux comprendre son auteur.
Quelle a été la genèse de l’exposition « L’épreuve du réel – Chapitre 3 » ?
C’est la suite de notre rencontre avec Xavier Soule et Isabelle Levistre. Xavier Soule est un des plus grands collectionneurs français de photos, mais aussi un entrepreneur reconnu. Il a aussi été un pionnier de l’imagerie 3D pour l’architecture. Les projets que nous avions en catalogue les ont beaucoup intrigués. A cette occasion, une question assez simple, mais qui donne le vertige, a été posée par Xavier Soule : « Est-ce qu’on peut photographier ce qui n’a jamais existé ? » Et Xavier Soule et Isabelle Levistre ont alors osé exposer nos ‘photos réalistes’ en les confrontant au réel, dans un dialogue avec les photos de Paul Nouallet de la Grande Arche, donc une matière presque abstraite. De la part d’une galerie, exposer des œuvres impalpables, d’architecture, est très courageux. C’est le troisième chapitre de leur cycle L’épreuve du réel, et une grande première pour nous. Ces actifs numériques sont des images de synthèse de bâtiments qui n’existaient pas, habituellement destinés à des films ou des jeux vidéo. Ils ont, dans le cadre de l’exposition, été traités avec des exigences d’images d’art et requalifiés en œuvres d’art. Le travail avec les photographes de la galerie a été très intéressant. Ils nous ont fait regarder les bâtiments, qu’on pensait connaître parfaitement, d’une tout autre manière. Je pense notamment à l’amphithéâtre de Léonard de Vinci, un projet que j’avais reconstitué en 3D au début de mes études d’architecture. On s’est promené virtuellement dans tous ces espaces pour trouver des points de vue de photographes et, en 3D, les possibilités, les prises de vues sont infinies, ce qui donne le vertige. Le projet pourrait très bien ne jamais avoir de fin.
*Visiter l’exposition immersive AI Hokusai en cliquant ICI
** Allez sur le jeu dédié au Cénotaphe de Turenne sur le site de la BnF en cliquant ICI
Amphithéâtre Romain (1482) – Bibliothèque de l’institut de France -, interprétation visionnaire d’un croquis de Leonardo da Vinci datant de 1482.
Ci-dessous, une sélection des œuvres de l’exposition L’épreuve du réel – Chapitre 3, à la galerie VU’…
INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition :
L’épreuve du réel – Chapitre 3
Photographie ou photoréalisme ?
du 12 juin à septembre 2026.
GALERIE VU’
60 avenue de Saxe
75 015 Paris
FRANCE
Ouverture du mercredi au samedi de 14h à 18h
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Métro
Ligne 10 / 13 : Duroc
Ligne 6 : Sèvres-Lecourbe
Ligne 12 : Pasteur
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galerievu@vuphoto.fr

