Photo de la conférence de presse SGV Champagne et CNAOC du 16 septembre 2020. Crédit Photo Pierre d'Ornano Aeternus.fr

Réunis le 16 septembre 2020, à Paris, à l'occasion de la conférence de presse annuelle du SGV Champagne, les représentants des organisations professionnelles viticoles ont lancé un appel pour le maintien d'une régulation au sein de l'Europe. Ils demandent au gouvernement d'en faire une priorité et au nouveau ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, de mobiliser les autres pays européens producteurs de vins.

Sur la photo, de gauche à droite : Damien Champy, secrétaire général du SGV , Maxime Toubart président du SGV,  Éric Tesson directeur de la CNAOC, Thiebault Huber, président de la CAVB, Christophe Forget, président de la Fédération des Interprofessions du bassin viticole Charentes-Cognac. © Pierre d'Ornano

PAC 2030 : Appel solennel au gouvernement pour le maintien des autorisations de plantations  

« Une crise comme on n’en a pas connue depuis la seconde guerre mondiale », cette phrase fait désormais partie des éléments de langage des filières agricoles et de presque tous les secteurs de l’économie. Reste l’appréciation des dommages et l’adéquation des mesures de soutien gouvernementales et européennes aux particularités propres à chaque filière, et leurs pertinences.

Quid de la viticulture dans ce contexte, alors que les débats menés dans le cadre de la future Politique Agricole Commune (PAC) sur le mécanisme européen des autorisations de plantations, sujet connexe et structurant dans les réponses conjoncturelles et structurelles à apporter, doivent se clôturer avec la fin 2020 ?

La crise économique et la régulation, deux sujets donc, mais qui n’en font qu’un en cette période de pandémie due au covid-19, tant ses effets dévastateurs peuvent jouer, sur le moyen et long terme, comme autant de leviers démultiplicateurs sur les filières.

Deux thèmes abordés lors de la conférence de presse du 16 septembre 2020 organisée à Paris par le Syndicat Général des Vignerons de Champagne (SGV), représenté par son président Maxime Toubart et son secrétaire général Damien Champy, auquel s'étaient joints Éric Tesson, directeur de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC), Thiebault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), Christophe Forget, président de la Fédération des Interprofessions du bassin viticole Charente-Cognac et Patrick Raguenaud qui préside le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC).

Autant de représentants professionnels qui lancent un « appel solennel » au gouvernement français pour la mise en place d’une plateforme commune européenne afin que le système de régulation des plantations, renégocié en 2016, soit prolongé au-delà de 2030.

Un système de régulation vertueux

Le dispositif, présent en Europe depuis cinquante ans, avait été réintroduit de haute lutte en 2013 dans le cadre de la deuxième réforme de la PAC. Son mécanisme, revu en 2016, assure depuis cette date une croissance mesurée des plantations, limitée à 1% par an de la superficie nationale au 31 juillet. Pour rappel la superficie du vignoble français est de 794 000 hectares (source OIV), soit 11% de la surface mondiale de vignes de cuve.
Or, cette régulation est un moyen d’éviter toute surproduction, elle permet de préserver une certaine stabilité des revenus des exploitants, est vecteur d’amélioration de la qualité et assure une gestion de la croissance du vignoble en adéquation avec le développement des marchés, a déclaré en substance Maxime Toubart.

Les craintes d'une surproduction

Il rappelle, par ailleurs, que le chantier de délimitation de l’aire d’appellation Champagne (définie par une loi en 1927 et qui couvre 34 000 ha) est en cours et devrait être finalisé en 2024, et que plusieurs milliers d’hectares supplémentaires pourraient ainsi être classés en cas de dérégulation. Et d'ajouter qu'« avec l’élargissement de l’aire, l’absence de maîtrise des plantations fait peser un risque indéniable de déstabilisation économique de notre appellation ». 

La situation, et les craintes, sont identiques en Bourgogne mais aussi pour Sancerre et Cognac où respectivement 20 000, 5 000 et plusieurs milliers d’hectares pourraient être plantés du jour au lendemain à partir de 2030.

Pour Thiebault Huber, le président de la Confédération des appellations viticoles de Bourgogne : « La filière viticole est organisée et gérée et a besoin de cet outil pour ne pas scier cette organisation efficace qui assure sa pérennité ».
Ce système de gestion est aussi plébiscité à Cognac. L’appellation compte 78 000 hectares de vignes et a engagé un plan de plantations nouvelles, en fonction de l’évolution du marché. « la régulation est un élément essentiel de régulation pour la mise en place de notre business plan » déclare pour sa part Christophe Forget, président de la Fédération des interprofessions du bassin charentais.

Il a aussi été rappelé que le secteur viticole est peu soutenu par les financements européens.

Saisine par EFOW de la présidence allemande

Cet appel du 16 septembre fait écho à une lettre de la Fédération Européenne des Vins d'Origine (EFOW) adressée, la veille, aux ministres de l’Agriculture des nations viticoles communautaires, pour alerter de l'urgence de prendre une décision sur l'avenir des autorisations de plantations dans le cadre de la PAC.

L'organisation, qui rassemble les vignobles français, espagnole, italien et portugais, a souligné que l'encadrement des autorisations n'avait aucun coût budgétaire et que la commission agricole du parlement européen s’était, comme le gouvernement français, déjà positionnée pour un maintien jusqu’en 2050 du système.  EFOW a annoncé avoir « saisi la Présidence allemande du Conseil afin qu’elle mette le sujet à l’ordre du jour en vue de l’accord de mi-octobre sur une orientation générale ».

Conférence de presse SGV 16 09 20 Calendrier plantation et délimitation. Photo © Pierre d'Ornano Aeternus.fr
Photo © Pierre  d'Ornano

Un risque de dépréciation des AOC

Le besoin de régulation est d’autant plus prégnant que l’on voit réapparaître des vignes dans des régions qui ne produisaient plus de vin depuis le XVIIe siècle. La législation européenne permet en effet, depuis 2015, de planter des vignes sur tout le territoire français pour la production de vins sans indication géographique. Ainsi, encouragés par la hausse des températures dans leur région, des agriculteurs céréaliers-betteraviers des Hauts-de-France sont en train de se diversifier dans la vigne. De nouveaux viticulteurs apparaissent également en Île-de-France ou en Bretagne ce qui ne manque pas d’alerter les professionnels. Pour Eric Tesson « les plantations non-contrôlées de vignes produisant du Vin de France dans les terroirs de vins sous appellation entrainent un risque fort de dépréciation des AOC par le détournement de leur image ».
Et pour le directeur de la CNAOC, les autres pays producteurs européens sont concernés. Les professionnels demandent donc au nouveau Ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, déjà engagé au niveau européen de "mobiliser et convaincre les principaux pays viticoles (Espagne, Portugal, Italie et Allemagne)".

Graphique de l'évolution mensuel des expédition de Champagne, de janvier 2018 à juillet 2020, source SGV. Diffusé dans aeternus.fr

Chute violente des expéditions de champagne

Sur le plan économique, les mesures contraignantes liées à la pandémie de covid-19, notamment la fermeture des CHR, des lieux de rencontres, l'interdiction des rassemblements événementiels ainsi que la fermeture de frontières ont affecté considérablement le commerce du Champagne. « Les expéditions ont reculées très rapidement et de manière violante : -21,9% en mars, -68% en avril, -56% en mai, -17,1% en juin et -24,9% en juillet », dixit le SGV.

Tableau des expéditions mensuelles de Champagne en %.

Par segment, les trois familles d’expéditeurs ont vu leurs sorties reculer de manière drastique. Parmi les signaux positifs, on observe un rebond des ventes par le vignoble de 12,5% en juin et 9,6% en juillet.

Tableau des expéditions mensuelles de Champagne en %, par pays

Toutes les zones géographiques ont subi un repli très prononcé des ventes. En revanche, la grande distribution semble repartir et les ventes aux particuliers sont qualifiées de « dynamiques » par le SGV. Autre indicateur positif, après un recul de 40 % de janvier à fin mai 2020, les ventes, par le syndicat Champagne, de coiffes de surbouchage affichent une hausse de 16% en juin, +20% en juillet et + 22 % sur la première quinzaine du mois d’août, comparé aux mêmes périodes 2019. Reste, pour l’international, une inquiétude concernant aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les deux plus gros marchés à l’export du Champagne au regard de la pandémie.

Conférence de presse SGV Champagne du 16 09 2020, Slide récolte. Crédit Photo Pierre d'Ornano aeternus.fr
Photo © Pierre d'Ornano

Récolte 2020 : vers un grand millésime

Autre bonne nouvelle, dans un contexte de réduction à 8000 kg / hectare du rendement des vignes, pour adapter la production aux marchés, les vendanges débutées le 17 août, soit les plus précoces de l’histoire de la Champagne, s'avèrent exceptionnelles.

Grâce aux conditions climatiques favorables la récolte est pour la SGV de « très grande qualité ». A cause de la sécheresse le poids des grappes est inférieur à la moyenne mais leur état sanitaire est excellent. Les moûts sont équilibrés, fruités avec une belle fraîcheur et une grande expression aromatique. Le degré alcoolique se situe lui entre 10 et 10,5% vol. Autant de facteurs qui annoncent un grand millésime, dans la lignée des 2 précédents.

Aides gouvernementales : les propositions du SGV Champagne

Au-delà du maintien d’une régulation au plan européen, la filière fait une série de propositions (listées ci-dessous) dans le cadre d’une demande d’allégement des charges des exploitants viticoles. Il est, en préambule, rappelé le poids de la main d’œuvre dans l’économie de la Champagne qui emploie plus de 10 000 saisonniers. Par ailleurs, le SGV a souligné que le niveau élevé des pertes (80% du chiffre d’affaires) prévu dans le plan d’aides annoncé en juin par le gouvernement, « exclut une très large majorité des entreprises viticoles en Champagne ».

 Le SGV Champagne demande :

- Une exonération de cotisations sociales adaptée à la réalité du terrain et qui réponde aux besoins de la majorité des exploitations viticoles champenoises ;

- La modification des secteurs éligibles pour garantir l’intégration des caveaux de vente ;

- La prise en compte des exploitations qui ne sont pas directement impactées sur la période considérée comme les vendeurs au kilo qui reçoivent les paiements des raisins avec un an de décalage, permettre aux exploitants, à titre dérogatoire, de calculer leurs cotisations sociales sur le résultat de l’année N au lieu d’un calcul sur l’année N-1 ou sur la moyenne triennale. Il s’agirait d’une option à prendre pour 2020 et/ou 2021.

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